La technologie a t’elle le droit de changer l’éthique du sport ?

Ce ne sont pas des innovations technologiques bien connues du grand public, mais le sport est un des champs d’action des nouvelles technologies, à tel point qu’à l'approche des Jeux olympiques de Londres en 2012, l'équipe britannique s'est dotée d'une cellule de réflexion sur les différentes technologies qui pourraient améliorer les performances de leurs sportifs

Selon le journal britannique le « Telegraph », cette cellule comprend une soixantaine de partenaires privés ou publics, allant de grosses compagnies à des start-up.

Alors de quoi s’agit-il ? Quelles sont ces technologies en question ?

Bien sûr, il semble évident que la technologie joue un rôle majeur pour les sports nécessitant des accessoires et qu’ils peuvent donc être améliorés pour gagner ces quelques millimètres ou secondes, qui feront la différence avec une 2e et la première place. Des sports tels que les disciplines du ski ou du cyclisme par exemple, où la recherche sur de nouveaux matériaux, des formes de plus en plus aérodynamiques améliore les performances.

Bien que la qualité des équipements soit essentielle, la technique s’insère même pour des outils de suivi et de l’entrainement au quotidien, pour enregistrer les données des performances et permettre de les analyser. L’exemple des biocapteurs qui sont l'aboutissement d'une collaboration académique entre les universités Imperial College, Loughborough et Queen Mary en Angleterre : Un petit capteur de plastique transparent et implanté avec une puce minuscule se loge derrière l'oreille de l’athlète, transmettant en temps réel le mouvement à un entraîneur, permettant des ajustements presque instantanés.

Le Biofeedback est un autre domaine de recherche : de minuscules nano-capteurs plus minces qu'un cheveu humain peuvent être implantés dans la peau pour mesurer continuellement ce qui se passe à des niveaux physiologiques comme le glucose ou le cortisol. Un système Wi-Fi envoie les informations à un appareil de mesure ou même un Smartphone.

En natation, des combinaisons de natation en polyuréthane ont été au cœur d'une polémique en 2009. La Fédération internationale de natation a statué sur ce que pouvaient porter les nageurs. Après avoir rappelé que « la natation est un sport dont l'essence est la performance physique du sportif », elle homologue une série de combinaisons et interdit les combinaisons en polyuréthane sans annuler rétroactivement les records de ceux qui avaient une combinaison en polyuréthane au moment de leurs performances.

Il y a également les avancées technologiques des prothèses et accessoires pour les sportifs handicapés. Les J.O para-olympiques de Londres en 2012 en ont été la vitrine. Certaines de ces technologies permettent à un athlète handicapé d’avoir des performances égalant ou surpassant un athlète valide.

Connaissez-vous Oscar Pistorius ? Cet athlète Sud-Africain amputé des deux jambes, remplacées par des prothèses en carbone, avait été autorisé à concourir aux côtés des sportifs « valides » pour le Championnat du monde d'athlétisme de l'été 2011 en Corée du Sud. Des fédérations d'athlétisme avaient protesté contre cette décision du Tribunal arbitral du sport, estimant qu'Oscar Pistorius avait un avantage sur les autres sportifs.

Pour le philosophe Jim Parry, interrogé par Prospect Magazine, interdire ou non une technologie devrait être la conséquence du raisonnement suivant : est-ce que cette technologie améliore la préparation et la performance sportive (méthodes d'entraînement, régime alimentaire –auquel cas, ce peut être utilisé) ou modifie le fonctionnement même du sport ? Cette question juridique devrait ainsi donner lieu à un débat sur la métaphysique du sport.